ELEPHANTUS - L'APPEL SAUVAGE D'UNE CONSTELLATION D'AMOUR
- foscaworld
- 9 sept. 2025
- 4 min de lecture
Elephantus – L’appel sauvage d’une constellation d’amour

Quand j’ai vu pour la première fois la toile de Fosca, en 2019, je me suis souvenu de ce matin en Maremme, il y a de nombreuses années, quand, levant les yeux de mon carnet où je dessinais un martin-pêcheur, j’aperçus une famille de sangliers traversant la clairière avec la même grâce silencieuse que celle des étoiles glissant dans le ciel nocturne. Il y avait quelque chose de mystérieux dans ce mouvement, quelque chose qui parlait de liens anciens, de connexions profondes que l’homme moderne a presque oubliées.
Elephantus est une de ces œuvres qui nous rappellent que le véritable art naît toujours d’une rencontre : la rencontre entre l’œil qui observe et le cœur sauvage du monde. Fosca a su capturer ce que j’ai toujours tenté de transmettre à travers mes illustrations, en cinquante années passées parmi forêts et lagunes : la beauté naît d’une relation intime, patiente, presque contemplative, avec ce qui nous entoure.

Regardez cette constellation inventée : ce n’est pas de l’astronomie, c’est de l’éthologie de l’âme. Comme lorsque j’observe pendant des heures le comportement d’un aigle et que, finalement, je comprends que j’apprends quelque chose sur moi-même, ainsi, devant ces fils reliant des étoiles inexistantes, on comprend que l’artiste cartographie les territoires du cœur. Et comme toutes les cartes qui comptent, celle-ci est faite de sentiers interrompus, de déchirures recousues, de points de repère qui disparaissent parfois dans le brouillard.
La toile déchirée et recomposée me touche profondément. Combien de fois, dans mes carnets de campagne, ai-je dû réparer des pages arrachées par le vent ou tachées par la pluie ? Mais chaque rapiéçage, chaque trace du temps devient partie intégrante de l’histoire que l’on raconte. Fosca le sait : les blessures ne sont pas des erreurs à cacher, ce sont des chapitres nécessaires du récit. Comme les cicatrices sur l’écorce d’un chêne séculaire, témoins de tempêtes survécues et de printemps retrouvés.
Les clous qui traversent la surface ont la même fonction que les bagues qui permettent aux ornithologues de suivre les migrations des oiseaux : ils marquent les points vitaux, les moments où la vie s’est arrêtée pour dire « ici », « maintenant ». Ce que je vois n’est pas de la violence, mais de l’attention, la même qui est nécessaire pour ne pas perdre de vue un rouge-gorge dans l’épaisseur du bois.
Et puis il y a le cheval. Ah, quel animal extraordinaire ! En Camargue, j’ai appris à reconnaître le langage des chevaux sauvages : chaque mouvement est un mot, chaque hennissement une phrase complète. Le cheval de Fosca porte en lui cette énergie contenue, cette force qui sait qu’elle doit être maîtrisée mais qui n’oublie jamais la mémoire de la liberté. C’est l’animal parfait pour parler d’amour : puissant et fragile, généreux et imprévisible.
Mais ce qui me frappe le plus dans cette constellation, c’est la couleur. Ce bleu de l’aube et ce rose qui sent la rouille sont des couleurs que tout naturaliste connaît bien : les premiers signes du jour qui se réveille, quand les animaux nocturnes cèdent la place aux diurnes, et pour un moment magique, tous les mondes se touchent. C’est l’heure à laquelle j’ai vu les hérons se lever des eaux de Burano, l’heure où la nature se dépouille de ses défenses et se montre nue, vulnérable, magnifique.
La technique de Fosca, cette patiente tissure de signes qui rappelle le travail des anciens naturalistes, me ramène à mes maîtres, à ceux qui m’ont appris que pour dessiner un animal, il faut d’abord apprendre à l’aimer. Chaque petit trait, chaque nuance naît d’heures d’observation silencieuse, de cette forme de respect que seule la patience peut enseigner.
Les étoiles devant nous plutôt que au-dessus de nous : voilà une intuition que tout explorateur comprend instantanément. Ce n’est pas vers le haut qu’il faut regarder, mais vers l’horizon, là où se cachent les découvertes. C’est le même regard avec lequel j’ai suivi les traces du loup dans les Nebrodi ou celles de l’ours en Abruzzes : un regard qui sait que la véritable aventure commence toujours par un pas vers l’inconnu.
Elephantus m’a rappelé pourquoi j’ai dédié ma vie à la nature : parce que, dans la relation avec le monde sauvage, nous apprenons que chaque créature, chaque plante, chaque étoile, vraie ou inventée, a une histoire à raconter. Et que nous, petits explorateurs sur cette planète merveilleuse, avons le privilège et la responsabilité d’écouter ces histoires et de les transmettre.
Quand vous sortirez de cette galerie, faites comme je le fais toujours après mes voyages naturalistes : emportez avec vous un petit morceau de ce que vous avez vu. Cette constellation d’amour de Fosca fait désormais partie de votre bagage d’explorateur. Utilisez-la quand le chemin se fait difficile, quand les étoiles véritables semblent trop lointaines. Je vous invite à découvrir ses autres constellations imaginées, portes vers un monde délicat et rare. Rappelez-vous que l’amour, comme la nature, a toujours le pouvoir de recommencer, de se réinventer, de trouver de nouveaux chemins vers la lumière.
Fulco Pratesi
President WWF



Commentaires